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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 03:23
C'est exactement ca le sujet de ma these de doctorat !
 
De mon vivant, je me sens deja justifie si vous voulez !
 
Guerre hybride 8. La Chine, le cobalt et les plans de révolution de couleur des USA pour le Congo
 
Par Andrew Korybko – Le 17 février 2017 – Source Oriental Review
 
URL: http://lesakerfrancophone.fr/guerre-hybride-8-la-chine-le-cobalt-et-les-plans-de-revolution-de-couleur-des-usa-pour-le-congo
 
Livre: http://orientalreview.org/wp-content/uploads/2015/08/AK-Hybrid-Wars-updated.pdf
Hybrid Wars 8. China, Cobalt, And The US’ Color Revolution Plans For The Congo

En ce qui concerne la République du Congo, les États-Unis ont voulu perturber le second point d’accès ou terminus de la Route transocéanique Nord (NTAR) en désactivant le chemin de fer Congo-Océan entre Brazzaville et Pointe-Noire. L’analyste Gearoid O’Colmain a fait un excellent travail de sensibilisation sur la révolution de couleur naissante que les États-Unis ont essayé de favoriser sans succès, et il est recommandé au lecteur de se référer à son article sur la question pour plus de détails. Mais, en bref, le bouledogue néo-colonial français voulait utiliser l’événement pour déclencher un retour à la guerre civile de ce pays comme dans les années 1990. Ce fut finalement abandonné par le gouvernement, mais avant cela, les médias unipolaires passèrent des mois à présenter la République du Congo comme le dernier foyer de conflit en Afrique. L’objectif stratégique n’était pas seulement de remplacer le président Nguesso par une marionnette occidentale plus souple, mais de renverser l’influence chinoise dans le pays et de rendre impossible l’utilisation de son territoire par Pékin comme alternative complémentaire au chemin de fer Kinshasa-Matadi pour actualiser la Route transocéanique africaine Nord (NTAR). Si elle avait réussi, cela aurait rendu la Chine totalement dépendante de Kinshasa, capitale des tentatives de révolution de couleur, réduisant ainsi considérablement sa flexibilité stratégique dans la gestion de cette partie du projet transcontinental qu’elle a menée de facto.

Évaluation des complots
 
En examinant les événements survenus au cours de l’année écoulée, il semble convaincant que les États-Unis ont essayé mais n’ont pas réussi à saboter indirectement les deux routes transocéaniques africaines par leurs tentatives de déclenchement de conflits au Burundi, au Malawi et en République du Congo. Les résidents de Bujumbura ont réussi à résister aux tentations des États-Unis et à éviter un retour à une guerre civile génocidaire, réduisant ainsi les perspectives d’une invasion conventionnelle ou dissimulée par le Rwanda et l’explosion d’une nouvelle crise d’immigrants dans toute la région des Grands Lacs africains. Concernant le Malawi, les autorités ont eu vent du coup d’État et l’ont exposé avant qu’il ne puisse se faire, ce qui a eu pour effet de contrecarrer toute la déstabilisation et de faire revenir ses architectes à la planche à dessin. Enfin, en ce qui concerne la République du Congo, le gouvernement a finalement réussi à écraser le mouvement de Révolution de couleurs et empêcher le retour de la guerre hybride dans son pays, avec pour résultat que le deuxième terminus / point d’accès de la Route transocéanique africaine du Nord reste ouvert et donne par conséquence à la Chine une alternative à Kinshasa qui sera nécessaire en cas de besoin.
La troisième crise du Congo
 
À la lumière des échecs des États-Unis à « contenir » indirectement les Routes transocéaniques africaines, il semble maintenant que Washington a décidé d’intensifier ses agressions et de procéder à la déstabilisation du cœur géopolitique de l’Afrique, le Congo. Outre le sabotage des deux projets transcontinentaux de Pékin, le renouvellement à grande échelle des conflits au Congo pourrait facilement compromettre le commerce de cobalt de la Chine avec le pays et bloquer par la suite les plans de Pékin pour devenir le leader dans le domaine des batteries électriques et en récolter tous les avantages stratégiques. Le déclencheur d’une nouvelle vague de violence dans cet État d’Afrique centrale est le désir présumé du président Kabila de continuer à régner sur son pays après l’expiration constitutionnelle de son mandat à la fin de l’année. En un sens, cela ressemble beaucoup à ce qui s’est passé avec le président Nkurunziza du Burundi, faisant ainsi du Congo un exemple structurellement plus large du scénario burundais et évoquant la question de savoir si la déstabilisation du pays d’Afrique de l’Est constituait un test pour ce qui était déjà prévu pour le Congo.
Historiquement parlant, cet État d’Afrique centrale a déjà été le théâtre de deux crises de niveau mondial, la première crise du Congo de 1960 à 1965 et la deuxième crise du Congo de 1996 à 2003 (parfois considérées comme deux événements distincts). Ce n’étaient pas seulement des crises, elles étaient en fait aussi une combinaison hybride de guerres civiles et internationales, ce qui en a fait la quintessence militaire tactique de la guerre hybride. Avec le Congo à la veille d’une nouvelle crise qui pourrait précipiter ce pays vers une nouvelle guerre civile et internationale, il convient de parler de la Troisième crise du Congo à laquelle les États-Unis travaillent pour « contenir la Chine » grâce à un « chaos contrôlé ». Comme ces stratégies ont une bonne réputation, il est fort probable que les trois scénarios de « chaos contrôlé » qui suivent, peuvent évoluer dans des directions imprévisibles et déclencher encore plus de déstabilisation que ce qu’on peut prédire à ce jour. Mais il est cependant prévu qu’ils collent globalement à la progression graduelle indiquée ci-dessous si les États-Unis donnent effectivement le feu vert pour que l’opération commence.
Révolution de couleur à Kinshasa
 
Partant de l’hypothèse que les États-Unis vont en fait frapper le Congo avec une guerre hybride si Kabila tente de retarder les prochaines élections ou de modifier la Constitution, la troisième crise du Congo commencerait « naturellement » par une révolution de couleur, en commençant par des provocations urbaines qui auraient lieu à Kinshasa et à Goma. L’objectif est d’installer un chef de file pro-occidental au pouvoir qui permettrait ainsi aux États-Unis de contrôler indirectement le commerce de cobalt de la Chine et d’exercer une influence sur la route transocéanique africaine. L’homme envisagé pour remplir ce rôle au nom de Washington est l’ancien gouverneur du Katanga et homme d’affaires millionnaire, Moise Katumbi, le visage public de l’opposition de la révolution de couleur. Il a été accusé le mois dernier d’avoir embauché des mercenaires (y compris des « anciens » soldats américains, selon l’affidavit) et a depuis fui en Afrique du Sud et plus récemment à Londres pour « traitement médical », où il tentera probablement de consolider encore plus de soutiens étrangers pour soutenir sa candidature sous les auspices qu’il serait un « leader démocratique » « politiquement harcelé » par une « dictature » – les parfaits mots à la mode pour garantir un soutien occidental fort et produire une campagne d’information mondiale unipolaire axée sur ses ambitions politiques. À l’étranger, on peut supposer qu’il sera en contact étroit avec les agences de renseignement occidentales et les services secrets de leurs « partenaires » africains alliés pour gérer la révolution de couleur et formuler le moyen le plus efficace de faire tomber le gouvernement du président Kabila.
Couper le Katanga du Congo
 
Si la révolution de couleur congolaise est finalement considérée comme un échec, tout comme celle au Burundi, il est très possible que le « Plan B » soit de raviver les revendications sécessionnistes historiques du Katanga et que Katumbi retourne dans la région pour diriger l’insurrection aux côtés de son armée de mercenaires étrangers. Il s’agit essentiellement d’un modèle identique à celui qui a déclenché la première crise congolaise dans les semaines qui ont suivi l’indépendance du pays en 1960, de sorte que le lecteur est pardonné s’il détecte du déjà vu en lisant ceci. Ce qui différencie cette étape future, prédictible par rapport à celle qui l’a précédée il y a près de 60 ans, c’est qu’un grand pays non occidental, la Chine, a maintenant des investissements miniers très importants dans les quatre provinces du sud-est qui composaient cette région autrefois unifiée. Cela signifie qu’un Katanga indépendant n’entraverait pas nécessairement le commerce de cobalt de la Chine ou l’une ou l’autre des deux Routes transocéaniques du Sud, à moins que Katumbi ne prenne délibérément des mesures pour les bloquer. Mais il est aisé de croire que la période de guerre qui précéderait cette éventualité pourrait sérieusement perturber tous les échanges à destination et en provenance de la province.
Du point de vue occidental, bien que la Chine soit fortement impliquée au Katanga, une éclosion de violence à grande échelle semblable à ce qui s’est passé en Libye en 2011 pourrait conduire à une évacuation massive des citoyens chinois et à l’abandon des investissements, en supposant que la Chine n’essaie pas de défendre ses intérêts cette fois-ci. Si Pékin tentait malgré tout de le faire conformément à sa politique africaine nouvellement promulguée, cela pourrait probablement prendre la forme de « menées dans l’ombre » pour aider les forces armées congolaises et éventuellement leurs alliés régionaux si le conflit prenait officiellement une dimension internationale. Cela pourrait se faire par le biais de matériel, d’intelligence et de soutien consultatif avec l’engagement de militaires chinois directement contre les séparatistes. La Chine devrait être parfaitement consciente que si Katumbi réussit une campagne sécessionniste à venir pour établir un Katanga « indépendant », les entreprises chinoises seraient finalement débarquées et remplacées par leurs homologues occidentales sous toutes sortes de prétextes qui pourraient être fabriqués, comme par exemple le fait que Pékin aurait soutenu les « ennemis » de Katumbi à Kinshasa pendant la guerre, ou simplement par un régime d’expropriation étatique. Un renouveau de la campagne séparatiste du Katanga serait régionalement aussi déstabilisante pour cette partie de l’Afrique que les aspirations territoriales révisionnistes de Daech l’ont été au Moyen-Orient, conduisant potentiellement à un conflit militaire impliquant de nombreuses factions et ouvrant la voie à une « seconde Guerre mondiale africaine ».
Grands Lacs, conflits majeurs
 
Après le début d’un second conflit sécessionniste katangais ou peut-être même son indépendance, la partie orientale du Congo pourrait voir apparaitre les violences d’une guerre hybride à la suite de l’échec d’une révolution de couleur de Katumbi à Kinshasa. Cette partie du pays a été historiquement la plus instable et elle est responsable de la deuxième crise du Congo (essentiellement une série de guerres civiles et internationales). Les situations non résolues dans l’Ituri et dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu sont perpétuellement au bord de l’explosion une fois de plus en raison de la présence de dizaines de milices rwandaises et ougandaises, à la fois pro-gouvernementales et rebelles, y compris les « forces alliées démocratiques » islamistes. En outre, les 24 000 milliards de dollars de minerais inexploités dans la région des Grands Lacs de l’Est ont été pris en otage par ces groupes et par des éléments corrompus du gouvernement. On peut les qualifier de « minerais de conflit », ce qui les rend éthiquement indésirables malgré leur rôle irremplaçable dans la fabrication de technologies modernes autour des téléphones cellulaires.
Pour ces raisons, l’Est du Congo est l’une des régions les plus géostratégiques du monde et sa stabilité a un impact direct sur les marchés mondiaux des minerais et des technologies associées. De nos jours, une paix froide est en place et les clients étrangers se procurent leurs ressources directement auprès de certains des parrains étatiques des groupes rebelles ougandais et rwandais ou du gouvernement congolais, ou travaillent de manière informelle auprès d’intermédiaires rebelles et de fonctionnaires corrompus, facilitant ainsi l’accès aux ressources et permettant leur vente sur le marché mondial. Toutefois, si la région retombe dans la violence, non seulement cela perturbera les courants commerciaux existants, mais cela pourrait aussi créer une situation où un acteur gagne le contrôle de toutes ces richesses minérales, ce qui lui permettrait de devenir une superpuissance dans ce domaine industriel d’importance mondiale. La division de facto de la région entre les acteurs non gouvernementaux affiliés aux gouvernements ougandais, rwandais et congolais a créé un certain équilibre entre les forces économiques et militaires et a empêché cela jusqu’à ce jour. Mais si Kinshasa, par exemple, était capable de regagner la pleine souveraineté sur ses territoires orientaux, le Congo pourrait rapidement devenir une puissance continentale s’il exploitait correctement sa position de fournisseur de minerais et gérait les avantages résultants en conséquence.
En raison de l’ampleur des enjeux géostratégiques et économiques, le renouveau des conflits dans la région des Grands Lacs africains pourrait facilement devenir une crise mondiale, surtout si elle est déclenchée par la menace d’un changement de régime qui plane sur les Congolais. L’intérêt suprême des États-Unis pour que cela se produise est soit de perturber le flux de minerais sortant du Congo pour affaiblir la capacité industrielle de la Chine dans ce domaine, soit de commencer le processus de réorganisation géostratégique de la région riche en minerais et de soutenir une force économie hégémonique régionale pour consolider toutes ses richesses naturelles sous un seul commandement intégré. Alors que les États-Unis seraient confrontés à divers degrés de « dommages collatéraux » à la suite du troisième effondrement possible du Congo depuis l’indépendance, ils pourraient cyniquement parier qu’ils ont encore plus à gagner avec ce gambit et la fabrication d’une guerre majeure pour assouvir leurs intérêts personnels dans un jeu à somme nulle avec la Chine.
Réflexions finales
 
La Chine est en train d’opérer de gros mouvements au Congo, que ce soit avec le méga-projet de la Route transocéanique africaine Nord et la partie du Katanga de son homologue sud, le barrage Inga 3, ou avec l’achat de la mine de cobalt Tenke. Ces initiatives stratégiques se complètent et font du Congo un des principaux partenaires internationaux de la Chine, tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde. Les trois projets susmentionnés dans le Heartland continental fournissent à la Chine une base solide pour projeter l’influence multipolaire dans le reste de l’Afrique et transformer progressivement le paradigme géostratégique, faisant de l’un des États les plus faibles, semi-défaillant, un phare stable de prospérité, en une génération. Néanmoins, le Congo a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de se rapprocher de cette vision, et c’est précisément au cours de cette période de développement qu’il est le plus sensible aux programmes américains de guerre hybride contre lui.
La transition de leadership prévue à la fin de l’année pourrait être retardée ou évitée de façon indéfinie si le président sortant Kabila parvient à modifier la Constitution pour obtenir un troisième mandat. Les États-Unis exploitent déjà la situation pour se préparer à une révolution de couleur si cela se produit, mais si la première phase de la pression de changement de régime échoue, il est très probable qu’elle va progresser vers une éventuelle guerre hybride. Si cela se réalise, on peut s’attendre à ce que l’ancien gouverneur du Katanga et président actuel de l’opposition, Moise Katumbi, relance la campagne séparatiste historique de sa région natale en recréant les conditions qui ont mené à la première crise du Congo dans les années 1960. Parallèlement, les provinces de l’Est de l’Ituri et du Kivu du Nord et du Sud pourraient se réveiller dans une orgie de violence qui ressemblerait aux premiers stades de la Deuxième Crise du Congo des années 1990.
Le pire scénario serait que les deux conflits se fondent en un tout unifié. Le chaos de la Troisième Crise congolaise éclipserait par sa violence celui de ses deux prédécesseurs. Inutile de dire qu’un tel développement entraînerait inévitablement la mondialisation de cette guerre civile provoquée par les États-Unis, inaugurant la « Seconde Guerre mondiale africaine » et renversant totalement la stratégie continentale de la Chine. Les Routes transocéaniques africaines du nord et du sud financées par Pékin seraient mortes et Kinshasa aurait beaucoup plus à craindre pour la construction du barrage Inga 3. De plus, qu’elle soit engluée dans une guerre ou réunie en tant que vassal pro-occidental indépendant, l’ancienne province du Katanga cesserait d’être un fournisseur de cobalt fiable pour la Chine et Pékin finirait probablement par perdre des milliards de dollars investis si ses mines devenaient inutilisables ou finissaient par être expropriées. Des souffrances humaines en nombre incalculable accompagneront probablement toute éclosion de violence à grande échelle au Congo, mais, du point de vue stratégique des États-Unis, cela pourrait en valoir la peine si cela peut « contenir » la Chine dans le Heartland de l’Afrique.
Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.
Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

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