A partir des idées de mes héros, Patrice Emery Lumumba et Laurent Désiré Kabila, je suis l'actualité politique de mon pays, la République Démocratique du Congo en partuclier et de l'Afrique en général et je donne mes commentaires. Antoine Roger Lokongo
Depuis quelques jours, je ne rencontre que des personnes qui parlent d'argent. C'est le seul prisme de leur existence, leur seule motivation, leur seule valeur. Je me retrouve parfois désarçonné par ce vide et surtout par la certitude qu'ils ont que tout le monde ne peut penser que comme cela. Toute action humaine est jugée selon leur seule grille d'identification monolithique, l'argent. Un acte gratuit, la volonté d'aider l'autre, de partager leur semble totalement étranger. Et c'est même louche, cela cache une volonté de faire de l'argent, c'est forcé, il y a un truc. Même les actes les plus anodins sont source de méfiance. Aider une personne âgée à porter ses sacs trop lourds (je dois les rassurer, je ne vais pas m'enfuir avec leurs courses), tenir la porte à une personne pour la laisser entrer...
Les gens sont sur la défensive, méfiants... les valeurs que j'ai reçues par mon éducation fort classique n'ont plus cours. Elles sont perçues comme une duperie (vais-je abuser de la personne âgée sans défense ?, si je tiens la porte c'est que je veux draguer la fille...). J'avais reçu des valeurs qui n'ont plus cours, aider l'autre était la plus belle récompense. Où est passé l'esprit chevaleresque, l'honneur, la dignité ?
J'avais déjà rencontré ce style d'incompréhension quand par exemple j'avais quitté mon poste de formateur informatique au siège social de Renault. (J'ai pu former personnellement tous les cadres dirigeants de l'époque, de Louis Schweitzer à Carlos Goshn alors numéro 2, j'étais leur formateur personnel, je rentrais dans leur bureau directement alors que les sous-directeurs devaient patienter dans la salle d'attente (façon de bien réaffirmer la hiérarchie ce qui me valait une "aura" au siège social (ridicule)), bref un poste en or, protégé, très lucratif.
Cela ne m'a pas empêché de démissionner, pour gagner deux fois moins en travaillant comme professeur d'histoire en ZEP dans le 93. Je potassais le CAPES et l'agrégation en candidat libre après mes journées de boulot au siège. Mais j'avais encore des gens autour de moi qui pouvaient comprendre qu'il vaut mieux avoir un boulot que je pouvais m'estimer alors utile à la société qu'un boulot bien payé sans intérêt social. C'était il y a 15 ans.
Argent et Rolex
Aujourd'hui, quand je regarde autour de moi, je ne vois plus beaucoup de personnes qui essayent d'être heureuses, de remplir leur vie par une activité intéressante, une passion même si elle n'est pas spécialement lucrative. Je reçois des emails qui me disent, mais pourquoi tu trades pas plus, pourquoi tu ne fais pas que cela ? Parce que l'argent n'est pas un but, la liberté oui et on peut être très libre avec peu d'argent. Je préfère passer une journée à bouquiner, à faire la planche à la piscine que trader pour me dire super j'ai gagné 1000€, mais j'ai rien fait de ma journée juste gagné de l'argent qui va s'accumuler sur un compte. Encore plus, encore plus... pourquoi ? Une nouvelle voiture ? Triste...
J'ai essayé de comprendre pourquoi la société a ainsi évoluée, pourquoi elle est devenue plus cynique, plus dure et totalement tournée vers le veau d'or, pourquoi l'argent est le seul but d'une existence qui finira entre 4 planches.
Je pense que c'est une conjonction de plusieurs facteurs. La crise économique a permis d'angoisser la classe moyenne par l'instauration d'une précarité économique et psychologique. Son emploi est une "chance", un bien précieux qu'il faut défendre, préserver quitte à enfoncer ses collègues pour ne pas être le premier à partir à la charrette de licenciement. Pour bénéficier de cette chance (?), pour garder son travail, les employés ont tout accepté, augmentation des cadences, de la pression, heures supplémentaires non payées, déclassement. Ce qui fait que de nos jours, l'entreprise n'est plus un lieu de travail, mais de compétition, de pression, malheur à celui qui craque, qui n'atteint pas son objectif, qui semble fatigué...
Les gens finissent même parfois à s'identifier à leur emploi, ce qui provoque des désastres quand ils peuvent le perdre. Au-delà, d'un revenu fixe, c'est carrément leur identité qu'ils perdent... Le dernier mois où j'ai travaillé chez Renault, j'avais discuté avec un collègue qui partait à la retraite. Je le sentais mal, très mal, angoissé malgré ses sourires et jeux de mots classiques lors de la fête organisée pour son départ. Il s'est confié, j'ai tenté de le rassurer, 3 semaines après il se suicidait... il n'avait aucun projet, aucune identité autre que son travail.
L'image que nous renvoient les médias : pour être heureux, il faut consommer. On est bien plus heureux en Porsche qu'en Laguna. C'est une évidence qui ne souffre aucune contestation possible, sinon notre société s'écroule. Pour consommer, il faut de l'argent, pour avoir de l'argent, il faut un boulot, pour avoir un boulot il faut avaler des couleuvres. Ceci rend les gens plus agressifs, car au boulot ils doivent prendre sur eux, mais en dehors, ils peuvent agresser la personne qui hésite à tourner à gauche ou à droite en voiture.
Cette violence interne est tellement contrôlée par l'entreprise que quand un cadre est licencié, il peut se suicider. Il culpabilise, s'il est licencié c'est qu'il est un nul. Alors qu'on pourrait s'attendre à ce qu'il prenne un fusil à pompe et qu'il fasse un carton sur son directeur des relations humaines. Même pas, il retourne la violence sur lui-même et il se tue. Cela nous montre la puissance culpabilisante de l'entreprise. Mais cela nous montre aussi que pour beaucoup de gens, leur identité est liée à leur travail. Ils ne sont plus Monsieur Durand, mais professeur, docteur ou ingénieur.
La société est beaucoup plus narcissique. Le Moi devient le centre des discussions, le Nous tend à disparaitre. L'individualisation progresse partout même au sein des couples. C'est pourtant la plus petite unité possible de deux êtres. Chacun pouvant revendiquer un bonheur individuel au sein du couple, présenté comme normal et épanouissant. Même si le couple peut en pâtir. J'ai envie, je fais, mon conjoint n'est plus terrible, je le jette. Les sites de rencontres en sont la quintessence. Ils sont le supermarché des rencontres. On consomme, mais on s'attache peu car il y a toujours la possibilité de trouver mieux. Il y aura toujours quelqu'un de plus riche, plus beau, plus intelligent, plus musclé. Le vivier est sans cesse renouvelé comme les voitures, les téléviseurs. Une frénésie de consommation qui touche même les rapports entre les êtres humains.
L'individualisme a formidablement progressé. L'idée que l'autre n'est pas un ami potentiel, mais un danger potentiel est de plus en plus marqué. Cet individualisme s'explique à mon avis par cette société de compétition. Malheur aux vaincus, je tuerai pour garder mon emploi, mon salaire, mon argent, ma consommation. Car in fine c'est mon identité dans une société marchande. On a alors l'effet bling-bling. L'important dans l’existence est l'argent qui permet d'acheter des biens de consommation qui feront envie. On pourra alors jouir de sa supériorité consommatrice en vantant sa voiture, son dernier ordinateur. Sa valeur sera alors dans la reconnaissance sociale et la jalousie du voisin ou du collègue. Je fais beaucoup de sacrifices pour me payer ma voiture de luxe en leasing. J'attends au moins de la jalousie de la part du voisin. Sinon à quoi cela peut-il servir de faire des heures supplémentaires ?
Tout cela pour en arriver à quoi ? A un grand vide... n'exister que pour le regard de l'autre... et rêver d'une Rolex à 50 ans... Les gens me font peur... MAJ : 04/02/2019
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